PORTRAITS FRAGILES – un processus multimédia au sein du CH Vauclaire – expo, film, publication

Portraits Fragiles est un projet de portraits multimédia réalisé au sein du contexte de l’HP de Vauclaire (24700 Montpon Menesterol) par l’association Electrique Caravane entre les années 2018 et 2019.

Portraits Fragiles expo chapelle

Partie 1 : La démarche

Depuis 2017, Electrique Caravane, association de production audiovisuelle, a son siège social dans les établissements de l’association culturelle Zap’Art, basée au Centre Hospitalier de Vauclaire.

Depuis notre création, nous nous sommes demandés comment réunir tous nos différents savoirs-faire dans un même projet.

Luc de Muelenaere, sculpteur de verre, réalise des portraits des personnes quil rencontre sur ses chemins, depuis plusieurs années. Pour ce faire, il utilise le verre fondu des bouteilles de vin, un produit déjà recyclé, brut.

Grégoire Chombard, constructeur et artiste polyvalent, mène un travail esthétique sur la mise en espace. Son moteur est de se mettre en vis à vis les contraintes (mais aussi les potentialités) d’un lieu, pour le mettre en lumière.

Simone Cinelli est réalisateur et photographe. Son travail documentaire, de fiction et photographique l’amène régulièrement au centre hospitalier de Vauclaire en partenariat avec Zap’art.

Nous trouvant au coeur de Vauclaire, nous avons pu échanger avec les patients et le personnel de l’hôpital, et lenvie de proposer un projet est apparue, un projet où le patient serait plongé dans un rêve les yeux ouverts.

Mais comment procéder ?

Nous avons passé du temps dans les murs de l’hôpital psychiatrique de Vauclaire. Nous nous sommes petit à petit immergés dans la vie qui anime cet endroit, un lieu dune beauté incroyable, qui pourtant abrite des grandes, parfois même d’énormes souffrances.

A plusieurs reprises, nous avons senti que des patients éprouvaient le besoin de se confier et d’échanger avec nous. (enlevé l’espace) Au fil de notre travail, nous sommes devenus des confidents pour certains dentre eux.

Puis une réflexion a pris place : le rôle de lautoportrait dans lart, et particulièrement dans la pratique de lart-thérapie. Se regarder et se représenter face à un miroir, pour sortir notre proprioception.

Nous nous sommes installés dans le salon de coiffure de l’hôpital. Nous avons conçu une cabine, avec un miroir sans tain et des ampoules tout autour, comme dans la loge dune star de cinéma. Devant ce miroir, assis sur un fauteuil de coiffeur, les « clients » de notre cabinet sont venus se faire une mise en beauté. Un soupçon de fond teint, une touche de rouge à lèvres. La douce caresse des pinceaux, une musique calme en ambiance sonore pour transporter les personnes loin de leur quotidien. A leur coté, un photographe, un maquilleur/plasticien, un assistant.

PORTRAITS FRAGILES – Timelapse montage Cabinet de beauté intérieure from Simone Cinelli on Vimeo.

Derrière le miroir, une caméra, qui a capturé chaque instant de ce petit moment de détente.

Quand tout était prêt, quand nos hôtes étaient beaux selon la perception quils avaient deux-mêmes, nous les avons invités à être photographiés.

Un portrait photo classique, à l’ancienne, espace sur fond noir. Inviter la lumière des visages pour quelle puisse sortir de l’ombre, qu’elle puisse se transmettre à l’extérieur en donnant une image « autre ». Une image, souvent dans ces contextes, interdite au partage.

En suite Voici une galerie de quelques unes de ces forts moments.

PuisPuis, linvitation à s’asseoir à nouveau dans la chaleur du fauteuil, à fermer les yeux, à se laisser prendre par la musique, à laisser les mains expertes de notre salon réaliser la dernière étape du processus : prendre une empreinte en plâtre de ces merveilleux visages. Une opération qui demande de la confiance, de « se laisser faire », un temps où la personne est coupée du monde quant à ses capacités expressives, de parole, de regard. Il ne reste que l’écoute.

Le plâtre prend forme, se solidifie, pour arriver au moment du démoulage. Et à ce moment la libération, le retour de la respiration, la découverte dune sensation nouvelle, souvent étonnante, toujours émouvante.

Ces masques en plâtre, ces portraits photos, ces captations vidéo, audio, tous ensemble contribuent à créer et animer lunivers de « portraits fragiles ».

Voici une galerie non exhaustive de cette partie de notre parcours.

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La quantité et la qualité des matériaux collectés, ainsi que la spécificité de ces témoignages et la délicatesse requise pour une exposition publique, nous a fait corriger le tir par rapport à notre idée initiale.

Nous nous sommes concentrés sur trois supports pour composer chaque portrait individuel : le portrait photo, une phrase choisie dans la totalité de l’entretien via un procédé proche de l’haïku japonais, et pour terminer, la masque en plâtre transformé par l’artiste Luc de Muelenaere en une sculpture de verre. Mais pas un verre quelconque. Du verre armé.

L’utilisation d’un verre de sécurité pour réduire la fragilité de ces masques, reflète la préoccupation hyper présente dans les Hôpitaux Psychiatriques qui est d’éviter que les patients puissent se blesser.

Ces trois supports identifient chaque personne d’une manière poétique et sensible. La phrase, elle, est issue d’une recherche d’expression de l’univers intérieur de nos hôtes, dans une logique de respect et de continuité du processus de      « mise en beauté ».

Voici donc une galerie de l’exposition de tous ces 12 portraits Fragiles dans la chapelle du CH Vauclaire.

Nous nous sommes enfin demandé que faire du reste des captations vidéo, photo et audio collectées lors de nos séances dans le salon. Finalement, nous avons trouvé que cela constituait une base de données artistiques excellente pour contextualiser les portraits.

Nous avons donc réalisé deux installations vidéo parallèles.

“REGARDE TA REFLEXION”

Nous avons installé, derrière le miroir sans tain de la cabine de soin qui a servi au projet, une télévision où le visiteur peut voir les gestes intimes du maquillage, les mains à l’oeuvre sur les visages de nos hôtes, en train dappliquer le plâtre qui servira ensuite au façonnage du masque en verre. Pour voir cela, il faut sapprocher du miroir, cest-à-dire de soi-même, et donc regarder au-delà de son propre reflet. Cest là une mise en abîme des questions que nous nous sommes posées à nous même, et que nous avons posées aux participants lors de notre intervention, et que nous renvoyons ainsi au visiteur de lexposition.

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La deuxième installation est centrée sur la voix. Il s’agit d’une colonne-pupitre au sommet de laquelle est posé un masque neutre émergeant d’une plaque de verre armée.

En transparence, d’en bas, les photos des hôtes sont projetées sur l’intérieur du masque.

Tout autour, des casques audio permettent d’entendre enfin leurs voix… Et de plonger plus profondément dans leurs univers faits d’ombres et de lumières. D’entrer dans leurs intimités, en prenant un temps d’écoute que trop rarement dans la société actuelle, l’on accorde à ces personnes.

 

Enfin, la publication d’un livre d’art. Une récolte de toutes les étapes, des photos, des portraits, des masques, des paroles. De tout ce que nous avons vécu. Un souvenir-opéra plein d’âme et d’amour, un support solide pour ces portraits fragiles.

C’est à partir de tout cela, et grâce à la volonté de Zap’Art et de la direction du centre hospitalier de Vauclaire, grâce aussi au soutien du dispositif Culture et Santé en Nouvelle Aquitaine, que le projet « Portraits fragiles » est né, et que nous avons le plaisir de le partager avec vous.

Et maintenant…

…Regardez votre réflexion.

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